A un sot rimeur, qui trop l' importunait d' aimer
Tu te plains que plus ne rimasse,
Bien qu' un temps fut que plus aimasse
À étendre vers rimassés,
Que d' avoir biens sans rimes assez ;
Mais je vois que qui trop rimoye
Sus ses vieux jours enfin larmoye.
Car qui s' amuse à rimacher
À la fin n' a rien à mâcher.
Et pour-ce, donc, rime, rimache,
Rimone tand et rime hache,
Qu' avecques toute ta rimaille
N' aies, dont tu sois marri, maille :
Et tu verras qu' à ta rimasse
Comme moi feras la grimace,
Maudissant et blâmant la rime,
Et le rimailleur qui la rime,
Et le premier qui rimona
Pour le grand bien qu' en rime on a.
Et tu veux qu' à rimaillerie
Celui qui n' aura maille rie ?
Je te quitte maître rimeur,
Et qui plus a en sa rime heur,
En rime lauds, en rime honneurs,
Ensemble tous tels rimoneurs .
Pernette du GUILLET
(1520-1545)
Posté le 29/04/2008 à 13:37 sur iGloo blog